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défendre, nous le ferons nous-mêmes ; mais puisqu’on insulte, qu’on calomnie ainsi une génération que nous sommes habitués à respecter, à honorer du fond de notre cœur, laissons-lui le soin de répondre elle-même, et apprenons par son exemple à mériter de pouvoir nous rendre à nous-mêmes dans l’avenir le même témoignage qu’elle peut se rendre aujourd’hui.

Voici les paroles d’un de nos maîtres, M. Vacquerie, dans la nouvelle édition , parue avant-hier, des Profils et grimaces.

« On est venu dans un mauvais moment. Tout était mort.

» On n’avait plus « deux petits morceaux de bois noir en croix devant lesquels croiser les mains », et, comme évidemment ceux qui ne croient pas à la divinité de Jésus n’ont pas d’âme, l’âme était morte. Quelques-uns avaient essayé de croire à la liberté, mais ils avaient vu « trois paniers qu’on portait à Clamart : c’étaient trois jeunes gens qui avaient prononcé haut ce mot de liberté » ; alors leur « illusion » était morte. Oui, « l’illusion » de ceux que les martyrs font douter. C’est dans ce cimetière que poussait une génération étiolée et empestée par les miasmes de toute cette putréfaction. Quoi ! c’était un cimetière, cette époque féconde où tout ressuscitait, l’art et la politique, la tribune, le théâtre, l’atelier du peintre ; la chaire du professeur ! Quoi ! c’était une génération mort-née, cette génération qui, en politique, a fait 1830 et 1848, et qui, en art, a été Hugo, Lamartine, George Sand, Lamennais, Balzac, Michelet, Alexandre Dumas, Eugène Delacroix, David et tant d’autres ! C’était une génération impuissante et bonne tout au plus « pour le tripot et pour le lupanar », cette incorrigible race de lutteurs qui est encore debout après quarante ans de guerre non interrompue et qui enseigne aux jeunes la vigueur et la jeunesse ! Parlez pour vous, Octave. Octave donc est mal né, et il a été mal élevé : Werther lui a enseigné le suicide, Faust l’enfer et Manfred le néant. Il n’a pas compris que ces œuvres tourmentées étaient la crise néces-