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plus loin la comparaison ? Les rapprochements seraient faciles. Voyez déjà si celui-là sera le poète de Göthe ? Pour moi cette définition me semble la seule vraie, la seule en harmonie avec la signification du mot. Il se confondait dans l’antiquité avec le nom de prophète. A combien donnerez vous cette appellation sacrée, en France où la forme littéraire n’est pas rare, et le premier Piron venu prétendra-t-il mériter ce titre en prétextant de sa bonne harmonie avec le rhythme et la grammaire ?

La question ainsi posée, j’avoue que je ne sais guère quel intérêt on peut retirer de l’analyse des œuvres de ceux qui n’ont rien appris, rien enseigné. Les études de cette nature sont peut-être curieuses au point de vue de l’archéologie littéraire pour les érudits qui ne veulent rien ignorer. Comme elles ne sont pas un signe particulier des temps, elles n’ont pas une valeur historique. Alors même qu’elles seraient un tour de force dans leur genre, bien que je proteste avec notre maître Quinet, « qu’il n’y a rien à faire avec le petit, » elles seraient indignes de notre attention, si cette étrange séduction dont j’ai parlé au commencement de cet entretien n’obscurcissait encore pour beaucoup de ceux qui reconnaissent la morale et le devoir, et c’est à ceux-là seuls que je m’adresse, la logique de leurs appréciations. Je veux démontrer que M. de Musset a créé un être de convention entièrement en dehors de notre époque ou des époques précédentes, qui n’a jamais existé, qui jamais n’existera et qu’il n’est arrivé qu’à se reproduire lui-même, et vingt fois et toujours dans ce personnage voué au satyrisme, qui après avoir commencé une vie sans but et sans principe, trouvant plus facile de proclamer le nihilisme que la nécessité et le devoir de la lutte vient s’abîmer sur le tard dans l’abêtissement d’une foi aveugle.

Je ne veux pas analyser l’œuvre complète de M. de Musset. Il me suffira de citer les passages qui viennent à l’appui de la thèse que je soutiens. Il serait peut-être cependant intéres-