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Oui, notre devoir est d’être logique, car on ne défend pas autrement la vérité.

Sans la logique, on a des opinions, on n’a pas de croyances. Les opinions tiennent au tempérament et au milieu. Les croyances naissent des principes certains que l’étude seule peut nous révéler. Aussi l’on peut, sans crime et de bonne foi, varier dans ses opinions ; les méchants seuls mentent à leurs croyances : ils sont illogiques, mais volontairement : les indulgents ne sont-ils pas des complices involontaires ?

Or nous devons croire, et tous ceux qui croient, proclament que, dans ces temps de lutte et de rénovation, il n’y a pas d’homme en dehors du citoyen. Quiconque, dans la mesure de son être, de ses facultés, de ses aptitudes, n’apporte pas à la cité son contingent, ne sera pas compté parmi les citoyens. Ce qu’on disait autrefois de la France peut se dire aujourd’hui du monde entier : tout homme est un soldat. Que ceux dont le souffle puissant peut emplir un clairon nous mènent à la mêlée. Quel soldat s’arrêtera donc pour admirer le joueur de flûte pendant que la fusillade tonne et que ses compagnons d’armes montent à l’assaut ?

Et nous proclamerions pas cette vérité du siècle ! Eh ! c’est la seule preuve de vie qu’il nous soit permis de donner ! Resterons-nous les gardiens muets des idées de devoir, de morale, de solidarité, de foi, dans cette avenir qui nous attend ? Je le sais, se taire est plus commode, mais il y aurait moins de palinodies, si l’on se compromettait davantage et de meilleure heure en affirmant sa foi ; mais il y aurait moins de