Page:Lisbois - Autour d'une auberge, 1909.djvu/28

Cette page a été validée par deux contributeurs.
30
AUTOUR D’UNE AUBERGE

Sa fille, appelée Marie, pour subvenir aux besoins de son père et, surtout, pour répondre aux goûts prononcés qu’elle avait pour l’enseignement, embrassa cette carrière, toute faite de dévouements et de sacrifices. Le salaire des institutrices de nos campagnes est loin d’être rémunérateur. Nos gouvernants ont souvent pensé à augmenter leur propre salaire ; les députés des deux chambres ne sont jamais contents de ce qu’ils gagnent, mais les institutrices des campagnes, qui pensent à elles ? Il leur faudra travailler dix longs mois de neuf heures du matin à quatre heures de l’après-midi pour recevoir une centaine de piastres. Souvent elles enseigneront à cinquante même à soixante enfants, et cela leur vie durant, sans pouvoir espérer qu’on augmentera leur maigre pitance. C’est un fait déplorable à constater. Pendant que les institutrices se dépensent, se sacrifient et donnent à nos enfants les connaissances qu’ils ont besoin d’acquérir pour gagner plus tard leur vie d’une manière convenable, ceux qui détiennent les rênes du gouvernement dépenseront des sommes fabuleuses pour créer des écoles luxueuses, écoles qui ne serviront qu’à une poignée d’élèves privilégiés. Quel salaire donnent-ils, grand Dieu ! aux maîtres importés d’Europe ? Tandis que nos institutrices canadiennes sont toujours traitées avec un sans-gêne incroyable, le bon cultivateur canadien lui, laissera faire, se contentant de ce qu’on veut bien lui donner.