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détail qui s’accorde avec l’opinion de Mayans, et il n’hésite pas à reconnaître que Bernardo de la Vega était un gentilhomme andalous. « El Pastor de Iberia, » imprimé à Séville en 1591, in-8, est dédié à don Juan Tellez Giron, duc d’Osuna et comte d’Ureña. C’est un mélange de vers et de prose en quatre livres. L’ouvrage est absolument mauvais ; il abonde en barbarismes et en solécismes, et la conception est à l’avenant. Ces fautes grossières contre la langue et la syntaxe sont une forte présomption en faveur de ceux qui pensent que l’auteur n’était point Castillan. En Castille, le paysan le plus illettré parle purement et correctement le castillan. Comment s’imaginer qu’un auteur, né à Madrid, aurait péché de la sorte contre les règles de l’art de bien dire ? Ce qui ajoute à l’ennui de ce roman insipide, c’est l’étalage d’érudition mythologique dont l’auteur fait parade à toutes les pages. Cervantes avait déjà sommairement exécuté Bernardo de la Vega dans le chapitre sixième de la première partie de don Quichotte. Dans le Voyage au Parnasse, l’auteur du Pastor de Iberia est un des plus redoutables champions de l’armée ennemie.


Vega (Garcilaso de la), né à Tolède en 1503, appartenait à l’illustre famille de Guzman. Son père avait été ambassadeur de Ferdinand et d’Isabelle à la cour de Rome. Garcilaso entra de bonne heure au service de l’empereur Charles-Quint. À l’âge de vingt-quatre ans, il épousa doña Elena de Zuñiga, et en eut deux fils : l’aîné mourut très-jeune dans un assaut, le cadet entra en religion dans l’ordre des frères prêcheurs, sous le nom de Dominique de Guzman. Garcilaso était un vaillant soldat ; il travaillait sous la tente, et relisait entre deux combats ces grands maîtres de l’antiquité dont il a été l’heureux imitateur. Il