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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/49

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L’ÉPOUVANTE

à celle de la poursuite ?… Oui ! celle d’être poursuivi.

Ah ! La bête traquée par les chiens, qui fuit vers l’horizon mouvant, heurtant son front aux branches basses, arrachant ses flancs aux halliers, quelle histoire de l’épouvante elle pourrait dire, si la pensée habitait son cerveau ! Le coupable qui se sent découvert, qui croit, à chaque carrefour, voir se dresser devant lui la justice ; pour qui les jours ne savent pas finir, pour qui les nuits se peuplent d’affreux rêves, et les réveils d’ivresse folle et fugitive, il doit connaître tout cela ! Pour peu que son âme soit bien trempée, quelles joies rapides, mais puissantes, ne doit-il pas éprouver lorsqu’il est parvenu à mettre en défaut l’habileté de ceux qui le harcèlent, à les lancer sur une fausse piste, et à reprendre haleine, tout en les voyant chercher, s’énerver, s’arrêter et repartir encore, jusqu’à ce que leur instinct ou leur clairvoyance les ait remis sur le bon chemin !… Cela, vraiment, c’est la lutte, le combat d’homme à homme, la guerre sans pitié, avec ses dangers et ses ruses. Tout l’instinct de la bête est là : c’est l’image de ces