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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/44

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L’ÉPOUVANTE

Qu’allait-il faire maintenant ? Chercher du secours ? Appeler ? À quoi bon ? Tout était fini, tout était inutile. Il demeurait immobile, hébété, le cerveau rempli par la vision du meurtre. Et soudain, son esprit joignit les assassins. Il les devina assis dans quelque bouge, partageant le butin, maniant de leurs doigts rougis les objets dérobés. Pour la seconde fois, il murmura :

— Crapules ! Crapules !…

Un désir l’envahit de les retrouver, et de les voir, non plus triomphants et féroces ainsi qu’ils avaient dû s’asseoir à cette table, près de ce cadavre, mais effondrés, livides, grimaçants, au banc de la cour d’assises, entre deux gendarmes. Il imagina ce que pourraient être leurs horribles faces tandis qu’on leur lirait l’arrêt de mort, et leur marche à la guillotine, au petit jour, sous la lueur du matin blême. La loi, la force, le bourreau lui apparurent formidables, terribles et justes. Tout d’un coup, par un revirement soudain, cette loi, cette force, et ce bras séculier lui semblèrent des fantoches ridicules dont se riaient les criminels. La Police, incapable de veiller sur la sécurité des gens,