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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/39

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L’ÉPOUVANTE

taches, n’avait plus l’air d’une chambre, mais d’un abattoir.

Onésime Coche embrassa tout cela d’un seul regard, et son épouvante fut telle qu’il dut d’abord s’appuyer au mur pour ne pas tomber, puis faire appel à toute son énergie pour ne pas fuir. Une bouffée de chaleur lui monta au visage, un grand frisson le secoua et une sueur glacée se répandit sur ses épaules.

Par curiosité, par hasard ou par profession, il lui avait été donné de contempler bien des spectacles effrayants : jamais il n’avait éprouvé une angoisse pareille, car, toujours, jusqu’ici, il savait ce qu’il allait voir ou du moins il savait « qu’il allait voir quelque chose ». Puis, pour soutenir son courage, pour vaincre son dégoût, il avait eu le voisinage d’autres hommes, ce coude à coude qui rend braves les plus peureux. Pour la première fois il se trouvait à l’improviste et seul devant la mort… et quelle mort !…

Il se redressa cependant. La glace fendue lui renvoya son image. Il était blême, un grand cercle bistré entourait ses yeux, ses lèvres sèches s’entr’ouvraient dans un rictus affreux et, sur