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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/304

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L’ÉPOUVANTE

seul, libre, dans la rue, il eut comme un éblouissement et se mit à pleurer.

Un printemps précoce mettait de la joie dans le ciel. Jamais la vie ne lui était apparue plus légère. Il frémit en songeant à l’horreur du drame qu’il venait de vivre, à la beauté, à la douceur, à la bonté de toutes ces choses qu’il avait failli perdre, à l’abîme où sa raison avait roulé, et, contemplant près d’un jardin les arbres bruns où les bourgeons piquaient des taches vertes, les pelouses au gazon luisant, et le grand ciel où voltigeaient des nuages, il comprit qu’il n’aurait plus assez de tout de ce qui lui restait à vivre pour regarder cela, et sourit avec une immense pitié en songeant que, ni la fortune ni la gloire ne valent qu’on risque, pour les conquérir, la simple joie de regarder la vie.


fin