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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/302

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L’ÉPOUVANTE

— Je décline toute responsabilité, l’exécution est impossible pour le moment, Monsieur le Procureur. Je n’ai pas assez de monde pour tenir cette foule, il va y avoir un massacre. Songez-y, je vous en conjure…

Alors le Procureur balbutia :

— … Faites rentrer le condamné.

Étrange mentalité des masses ! cette foule accourue là pour voir mourir un homme, hurla de joie le voyant arracher au bourreau !

Or, voici simplement ce qui s’était passé : Au premier rang des spectateurs, à l’instant où on allait le jeter sur la bascule, Coche avait reconnu les deux hommes et la femme entrevus la nuit du crime. Cette seconde-là, plus immense pour lui qu’un siècle, lui avait suffi : leurs traits étaient trop présents à sa mémoire pour qu’il hésitât devant eux : d’un coup d’œil il avait détaillé les cheveux rouges de la femme, la bouche tordue du petit et la face de l’autre déchirée par la cicatrice qui lui balafrait le visage de la tempe à l’aile du nez.

Quelle sinistre pensée les avait poussés tous trois à venir voir guillotiner celui qui expiait leur