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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/299

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L’ÉPOUVANTE

s’ouvrirait, livrant passage au bourreau ! Et la porte s’ouvrit.

Il regarda d’un œil hébété les hommes qui l’entouraient et se leva sans dire un mot, sans faire un geste. On lui demanda :

— Voulez-vous entendre la Messe ?

Il fit oui d’un signe machinal. Pendant l’office, il regarda obstinément le sillon qui séparait deux dalles, songeant que le couteau ne ferait pas sur son cou une marque plus large… Il s’étonnait seulement, avec le reste de pensée qui flottait dans son esprit, de vivre encore. Ensuite ce fut la toilette, mais déjà il avait perdu la notion des choses ; à peine frémit-il quand les ciseaux frôlèrent sa nuque et qu’on lui passa des cordes aux mains et des entraves aux pieds. On lui offrit une cigarette, du cognac… il refusa… Et soudain, l’horizon qui, depuis près de cinq mois s’était arrêté pour lui aux murs de sa cellule, s’élargit ; une fraîcheur coula sur ses épaules, un effroyable silence envahit ses oreilles, un silence si profond, si formidable, que son cœur y battait comme une cloche. Son rêve d’une nuit s’était réalisé… Au-dessus des épaules du prê-