Ouvrir le menu principal

Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/296

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
291
L’ÉPOUVANTE

cise, les images plus nettes : toutes les gloires du crime avaient défilé là, dormi sur ce lit, et le coude appuyé à cette table, frissonné d’horreur à la seule pensée du châtiment plus proche chaque jour. Déjà, il n’était plus pareil aux autres hommes ; il faisait partie d’une classe à part, hors la loi, et presque hors la vie. On avait coupé ses cheveux à la tondeuse, rasé ses moustaches, et en passant ses mains sur son visage, il ne se reconnaissait plus. Il avait désappris presque tous les mots, pour ne se souvenir que de ceux qui avaient trait à sa mort prochaine, et durant des heures entières, accroupi dans un coin de sa cellule, les coudes aux genoux, les poings aux dents, il regardait défiler en lui toutes les images d’épouvante, toutes les scènes d’exécution pareilles à ce que serait la sienne.

Il voyait la dernière Nuit, le Réveil et l’effrayante place, grise sous le ciel gris, les toits humides, le pavé luisant, mais il voyait surtout la Veuve avec ses immenses bras rouges et le rire édenté de sa lunette surmontée du couperet.

L’aumônier le visitait chaque jour. Peu à peu, une terreur superstitieuse, un besoin de se réfu-