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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/28

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L’ÉPOUVANTE

petits enfants. Nul ne sait à quelle seconde précise elle s’insinue dans le cerveau. Elle y travaille depuis des minutes, des heures qu’on se croit encore maître de sa raison. On pense : Je veux ceci. Je vois cela… Déjà elle a tout bousculé en nous, elle s’est installée, souveraine. Ses yeux sont dans les nôtres, sa griffe frôle notre nuque… Bientôt nous ne sommes plus qu’une loque orgueilleuse, et, tout d’un coup, un grand frisson nous prend et nous secoue : Dans un effort désespéré nous essayons d’échapper à son étreinte. Peine inutile : les plus braves s’avouent vaincus les premiers. C’est la minute trouble où l’on murmure la phrase redoutable : « J’ai peur !… » Mais depuis des heures on claquait des dents sans oser s’en rendre compte.

Onésime Coche recula d’un pas, et dit à haute voix :

— Tu as peur, mon garçon.

Il attendit, cherchant à démêler l’impression exacte que ce mot allait faire sur lui. Pas un muscle de son corps ne tressaillit. Ses mains restèrent immobiles dans ses poches. Il n’eut même pas cet étonnement fugitif qu’on ressent à