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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/276

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L’ÉPOUVANTE

Pareil à ces fous, Coche était certain qu’il ne pouvait plus se soustraire à la force mystérieuse. Sa pensée, dès qu’il voulait avouer, s’arrêtait dans sa tête, comme la voix s’étrangle dans la gorge sous le coup d’une trop vive émotion. Il voyait devant ses yeux, il lisait dans sa tête les mots qu’il faudrait dire, la phrase libératrice qui mettrait fin au cauchemar, mais ces mots, il ne pouvait plus les prononcer, cette phrase, il ne pouvait plus la dire. Et cependant, tout seul, roulé sur son lit, la tête cachée dans ses mains, il la répétait :

« À l’heure où le crime a été commis, j’étais chez mon ami, M. Ledoux, et c’est en sortant de chez lui que l’idée m’est venue de cette comédie sinistre… »

Tout en la répétant en lui-même, il entendait exactement les moindres inflexions de sa voix. Mais aussitôt qu’il se trouvait en présence de quelqu’un, ses lèvres se refusaient à prononcer les mots qui dansaient dans sa tête, et il assistait, impuissant, à la lente agonie de sa volonté.

C’est dans cet état d’esprit qu’il arriva à la Cour d’assises.