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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/274

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L’ÉPOUVANTE

une excitabilité extraordinaire. La pensée qu’il était le jouet de forces surnaturelles, avait tant passé et repassé dans son esprit, qu’elle était devenue une certitude.

Il essayait encore de se débattre. Un jour, n’y tenant plus, sentant sa raison se perdre, fuir son cerveau, il se dressa brusquement, décidé à faire cesser cette terrible comédie, à tout avouer, à tout subir, peines, humiliations, pourvu qu’il pût revoir le jour, le grand ciel et la vie, pourvu surtout qu’il se convainquît une fois pour toutes qu’il était demeuré l’arbitre de ses décisions, le maître de sa volonté. Il se rua vers la porte et appela le gardien. Mais dès qu’il fut devant lui, il bégaya des paroles sans suite :

— Je vous ai demandé… je voulais vous dire… non… ce n’est plus la peine… une idée qui m’avait passé par la tête…

La conviction était brusquement entrée en lui qu’il ne pourrait pas parler, qu’on l’avait condamné au silence. Il suffisait d’un mot pour le sauver : ce mot, lui seul pouvait le prononcer, mais il ne le prononcerait pas, parce qu’on ne voulait pas !