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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/246

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L’ÉPOUVANTE

blesse et de docilité prodigieux. Il se disait : « Si nul autre que moi n’a voulu ce qui arrive, je saurai délier ce que j’ai lié, dévider l’écheveau emmêlé par mes doigts ; mais si des volontés supérieures m’ont fait agir, si je ne fus qu’un instrument entre les mains d’un autre… tout ce que je voudrais ne servirait à rien, puisque aussi bien je ne pourrais rien tenter, qui ne me soit dicté par celui auquel il est impossible que je n’obéisse pas…

Bientôt il vécut dans un rêve, insensible à tout, attendant avec une patience et un fatalisme d’Oriental, que les événements, se succédant, voulussent donner corps à ses doutes. Ainsi coula en lui une sorte de bonheur vague, fait surtout d’indifférence, et le troisième jour, quand il monta en voiture pour se rendre au cabinet du juge d’instruction, il eut devant ses gardiens une attitude telle qu’ils crurent un instant que le secret avait abattu sa volonté, et qu’il avouerait avant un quart d’heure.