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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/209

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L’ÉPOUVANTE

en ondes sonores jusqu’à lui. Son excitation nerveuse était telle, qu’il serra la crosse de son revolver, résolu à faire brusquement demi-tour et à tirer. Seule, une pensée, vraiment extraordinaire, l’empêcha de commettre cet acte insensé : la peur de ne trouver personne devant lui, et de se rendre compte qu’il était halluciné.

La folie lui était toujours apparue comme un spectre effrayant, et l’idée qu’il lui faudrait se rendre compte d’une défaillance de sa raison, l’épouvantait. Or, il sentait qu’il n’était plus maître de lui, et que l’horrible peur s’installait dans son cerveau, paralysant sa volonté, faussant son jugement. Bientôt la fatigue l’envahit, cette fatigue brusque, qui coupe bras et jambes, contre laquelle on sent qu’on ne pourra lutter, qui vous met du plomb aux semelles, et fait tout oublier, chagrins, périls, remords. Il titubait, pris d’un besoin de sommeil impérieux, torturant comme la faim, comme la soif. Les dents serrées, l’épouvante à la gorge, il se répétait :

— Avance… Avance…

Tout au bout de l’avenue d’Orléans, près de la barrière, il aperçut la lanterne ronde d’un