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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/19

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L’ÉPOUVANTE

Ces vagues bruits dissipèrent complètement l’espèce d’angoisse qui ne l’avait pas quitté depuis qu’il s’était mis en route : Onésime Coche, rêveur, poète, s’était évanoui ; il ne restait plus qu’Onésime Coche, reporter infatigable, toujours prêt à boucler sa valise, et à interviewer avec le même sans-gêne, le même sourire, l’explorateur revenu du Pôle nord, ou la concierge qui « croyait avoir vu passer l’assassin »…

Sa cigarette s’était éteinte. Il en tira une autre de sa poche, et s’arrêta pour l’allumer. Il allait repartir, quand il vit trois ombres qui se glissaient le long des grilles, et qui venaient vers lui. En tout autre moment, il n’eût pas même tourné la tête. Mais l’heure tardive, le quartier désert, et un instinct bizarre retinrent son attention. Il recula dans l’ombre, et, caché derrière un arbre, regarda.

Dans la suite, il se souvint qu’en cette seconde, qui devait être décisive dans sa vie, ses sens avaient pris une acuité étrange : ses yeux fouillaient la nuit, y découvrant mille détails. Son oreille distinguait les moindres froissements. Bien qu’il fût brave, et même téméraire, il mit la main sur