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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/178

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L’ÉPOUVANTE

Mais la seule pensée du contact définitif avec la Sûreté l’effrayait.

La solitude totale dans laquelle il vivait depuis deux jours lui avait enlevé cette énergie, cet « allant » qui en faisait — quand l’affaire l’intéressait — un reporter incomparable. Il avait besoin pour agir, de l’influence du milieu, de la griserie des paroles, de la discussion, de la lutte, de l’activité trépidante de tous les instants. Privé de cet excitant, il se sentait sans force, hésitant. Noyé dans la foule, frôlant à chaque pas des inconnus, s’asseyant solitaire, aux tables de cafés ou de restaurants, n’entendant qu’à de rares intervalles, quand il faisait son menu ou commandait une consommation, le son de sa propre voix, il avait, libre encore dans Paris et coudoyant des milliers d’êtres, l’impression poignante d’être au secret, dans la plus sûre et la plus silencieuse des prisons.

Vers cinq heures, il téléphona au Monde. On lui répondit d’abord que le Monde n’était pas libre. Il attendit un moment, et appela de nouveau. La ligne était très encombrée. Des bribes de phrases lui arrivaient confuses, traversées par