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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/148

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L’ÉPOUVANTE

Il demeura quelques instants le front appuyé à la vitre, repris par mille souvenirs d’autrefois, regrettant presque son audace, et la tranquillité monotone qu’il goûtait depuis des mois. Il se souvint d’avoir fait des réflexions analogues un jour, au moment de commencer une conférence qu’il n’avait pas préparée. En s’asseyant devant la table au tapis vert, il s’était dit, comme aujourd’hui :

— Quelle idée tu as eue de te lancer là-dedans ! Quel besoin de te créer ces petites angoisses ! À cette heure, tu pourrais être paisiblement chez toi, au lieu d’affronter le public, la critique…

Mais bientôt, il rejeta loin de lui cette pensée amollissante.

Il laissa tomber le rideau, quitta la fenêtre, et s’assit près du feu dont la flamme faisait danser le long des murs des lumières et des ombres.

Les jambes allongées, gagné par la tiédeur du foyer, et la douceur de toutes choses, libre, inconnu dans ce quartier de Paris où il avait jadis vécu, il pensa, non plus en rêveur, mais avec calme, avec méthode. Il refit pour lui seul