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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/135

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L’ÉPOUVANTE

courut des journaux, revint vers le boulevard Lannes, gagna les fortifications, pris d’un besoin d’activité physique, énervé par la solitude, et par une crainte vague dont il ne démêla pas très exactement d’abord la raison. Il s’irrita, songeant que les vrais meurtriers, ceux dont on ne s’occupait guère, étaient peut-être plus tranquilles que lui en ce moment. Il marcha sur la route, prit les petits chemins glissants de la zone militaire, dévisageant les hommes et les femmes qui passaient, et soudain il sentit pour tous ces êtres aux faces sinistres, aux vêtements déchirés, une espèce de commisération attendrie, l’indulgence fraternelle que fait naître dans le cœur des hommes le sentiment des joies ou des fautes partagées.

Il ne se rendait pas très exactement compte de ce qu’il était lui-même. Le déguisement moral qu’il avait pris le gênait à peine. Il était à ce point résolu à détourner sur lui tous les soupçons, qu’il se sentait presque coupable !

Et ne l’était-il pas en effet ? Sans lui, qui sait… on serait déjà sur les traces de l’assassin, et s’il avait parlé ?…