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Page:Level - L’Épouvante, 1908.djvu/108

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L’ÉPOUVANTE

temps, ce qui paralyse l’effort de nos sens, c’est la distraction de l’un par l’autre. Il m’a toujours semblé, sinon impossible, du moins, très difficile, de percevoir nettement, en tirant un coup de fusil, le bruit de la détonation, le nuage de fumée, l’odeur de la poudre et la secousse de l’épaule. Mais, si je parvenais à fixer un seul de mes sens, celui de l’ouïe, par exemple, j’analyserais la détonation d’une façon parfaite. Dans ce bruit, simple en apparence, et violent, je démêlerais presque les mille déflagrations des mille grains de poudre, le frisson que le plomb filant à toute vitesse fait passer dans les feuilles, et j’entendrais l’écho, à la seconde où il s’éveillerait dans les bois… Or, tout à l’heure, certain que je n’entendrais rien, que pas un murmure ne viendrait du dedans jusqu’à moi, que les conversations des badauds n’avaient pas plus d’importance que des bavardages de commères ; fatigué de chercher à déchiffrer un mystère dont la clé était sans doute entre vos mains, j’ai regardé…

Le Commissaire qui, depuis un instant écoutait distraitement, ouvrit la bouche et commença :

— Mais…