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précédentes. Myron vint ensuite, qui n’imita pas précisément la vérité de la nature, mais qui donna à ses œuvres tant de grâce et de si belles proportions qu’elles pouvaient passer avec raison pour belles. Vint en troisième lieu Polyclète et les autres artistes si renommés, lesquels firent des œuvres absolument parfaites, comme on l’a dit, et comme on doit le croire. Cette même progression arriva également dans les peintures, puisqu’on a dit, et que vraisemblablement on doit penser qu’il en fût ainsi, que les œuvres de ceux qui ne peignirent qu’avec une seule couleur, genre de peintures qu’on appelle par conséquent monochromes, n’offraient pas une grande perfection. Ensuite, dans les œuvres de Zeuxis, de Polygnote, de Timanthe et des autres qui ne mirent en œuvre que quatre couleurs, on loue simplement les linéaments, les contours et les formes ; sans aucun doute ces peintures devaient laisser quelque chose à désirer. Dans les œuvres d’Érione, de Nicomaque de Protogènes et d’Apelle, toute chose était parfaite et admirable, et l’on n’aurait pu imaginer mieux. Ils peignaient en effet non seulement les formes et les attitudes des corps, qu’ils rendaient admirablement, mais encore les affections et les passions de l’âme.

Sans nous occuper de ces artistes, au sujet desquels il faut recourir à des auteurs anciens dont les jugements souvent ne concordent pas, pas plus qu’on n’est d’accord, ce qui est plus grave, sur les époques auxquelles ils ont vécu, et pourtant en cela j’ai suivi les meilleurs auteurs, venons-en à nos jours où la vue de nos yeux est un meilleur guide et offre un meilleur jugement que la renommée qui a frappé nos oreilles. Ne voit-on pas clairement combien l’architecture s’est améliorée et ce qu’elle a acquis, pour commencer par elle, du grec Busketus à l’allemand Arnolfo et à Giotto ? Regardez les bâtiments de ces temples, les pilastres, les colonnes, les bases, les chapiteaux et toutes les corniches, on n’y voit aucune proportion, par exemple à Florence, à Santa Maria del Fiore, dans l’incrustation extérieure de San Giovanni, à San Miniato al Monte, dans l’évêché de Fiesole, au Dôme de Milan, à San Vitale de Ravenne, à Sainte-Marie-Majeure de Rome et au vieux Dôme d’Arezzo hors les murs. Dans ces édifices, à l’exception du peu de bon qui provient des fragments antiques, il n’y a aucune partie qui ait bonne mine et qui soit bien réglée. Mais les artistes que j’ai indiqués ci-dessous améliorèrent grandement l’architecture et, grâce à eux, elle ne fit pas peu de profit, car ils la réduisirent à de meilleures proportions, et non seulement ils firent leurs constructions pleines de stabilité et de hardiesse, mais encore ils les ornèrent en certains endroits : il est bien vrai toutefois que leurs ornements furent confus et très imparfaits, et, si j’ose