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de l’eau, on voyait des lapins et d’autres bêtes ; la faim les apprivoisait joliment, et je crois qu’ils ne demandaient qu’à se laisser prendre. Il y avait aussi des tortues ; mais elles glissaient dans l’eau à notre approche. Les serpents ne manquaient pas non plus ; nous en rencontrions jusque sur le plateau où se trouvait la caverne.

Un soir — nous évitions autant que possible de sortir du bois en plein jour — Jim poussa un cri de joie à la vue d’un radeau échoué sur la rive. Quand je dis un radeau, je me trompe ; ce n’était que la moitié d’un grand train de bois qui avait dû se détraquer pendant l’orage et qui venait sans doute d’une des grandes scieries établies au-dessus de Saint-Pétersbourg. En effet, il se composait de planches de sapin très unies et assez solidement attachées. Il mesurait bien douze pieds de large sur quinze ou seize de long, avec une petite plate-forme très commode pour ceux qui tenaient à rester les pieds secs.

— Il n’y a pas de quoi se frotter les mains, dis-je à Jim. Les planches ne se mangent pas. Elles rapporteraient gros dans un chantier ; par malheur, il faudrait aller loin pour les vendre.

— Justement, massa Huck ! J’espère que nous irons assez loin quand l’eau baissera un peu, et, sur le Mississipi, il vaut mieux voyager sur un bon radeau que dans une coquille de noix. Et puis, l’île Jackson est trop près de la ville. Je voudrais déjà être parti. Personne ne viendra vous chercher ici, parce qu’on vous croit mort ; moi, c’est une autre histoire.

— Pas du tout, Jim. Comme je ne suis pas mort, on nous prendrait du même coup et on me ramènerait là-bas. Sois tranquille, je ne tiens pas plus que toi à être pris. En attendant, ton idée n’est pas mauvaise ; fixons le radeau de façon à ce qu’il ne s’envole pas.

Le lendemain, vers l’aube, nous allâmes lever nos lignes. Devinez un peu ce que nous vîmes arriver le long de la côte de l’Illinois ? Une maison ! ou du moins le haut d’une maison en bois qui suivait lentement le courant. Dieu sait comment elle avait été entraînée et comment elle se soutenait sur l’eau. Sans doute, elle s’appuyait sur des