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— Jolie façon de se promener ! Tu m’as coupé la respiration.

— Je ne l’ai pas fait exprès.

— Il n’aurait plus manqué que cela, dit l’oncle Silas en frottant le bas de son gilet à l’endroit où j’avais donné tête baissée. Pourquoi ne vous a-t-on vus ni à déjeuner ni à goûter ? Où est Sid ? Est-il allé à la poste, comme sa tante le lui avait commandé hier au soir ?

— Je vais aller le chercher.

— Nous irons ensemble. Je ne te lâche pas, car ta tante s’inquiète ; toutes ces histoires l’ont bouleversée.

À la poste, l’oncle Silas ne trouva qu’une lettre à l’adresse de Mme Phelps, et il m’emmena bon gré, mal gré. Tante Sally ne paraissait pas trop penser à Tom ou à moi en ce moment. J’étais beaucoup plus tourmenté qu’elle, ce qui ne m’empêcha pas de me mettre à table. La salle à manger était remplie d’un tas de vieilles bavardes qui jacassaient sans perdre un coup de dent. Ah ! cela aurait fait du bien à Tom de les entendre. Elles avaient toutes visité le cachot. La meule, les couteaux ébréchés, le bout de corde à nœuds, le mannequin, le pied de lit scié en deux, le tunnel, leur fournissaient du fil à retordre. Une des vieilles dames dit qu’elle donnerait 2 dollars pour déchiffrer les signes mystérieux tracés sur la chemise. C’était sans doute une écriture africaine, quoique Sambo assurât que les nègres n’avaient pas d’écriture.

Quant aux inscriptions qui nous avaient coûté tant de travail, Tom aurait été joliment vexé d’entendre affirmer qu’un nègre seul y comprendrait quelque chose. Cependant, il se serait un peu consolé lorsque tout le monde convint, qu’à moins d’avoir eu une douzaine de complices, Jim aurait mis un an à faire tout ce qu’il avait fait.

— Il a fallu six hommes rien que pour porter cette meule jusqu’à la hutte, dit M. Phelps.

— Je crois bien qu’il a eu des complices, s’écria tante Sally. Ce sont eux qui me dévalisent depuis quinze jours. Ils ont raflé un drap de lit, de la farine, un chandelier, des couteaux, ma robe neuve, une bas-