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attendre et Tom profita de l’occasion pour glisser la cuiller dans une des poches de son oncle. La maîtresse de la maison arriva en proie à un accès de mauvaise humeur qu’elle eut de la peine à contenir, jusqu’à ce que son mari eût récité le bénédicité. Alors, tout en versant le café, elle laissa éclater sa colère.

— C’est inconcevable ! s’écria-t-elle. Les chiens font trop bonne garde pour qu’un étranger ait pu s’introduire dans le séchoir, et pourtant ta chemise de toile a disparu. Je l’ai cherchée partout. Envolée !

Je ne savais quelle contenance garder et Tom ne devait pas se sentir à l’aise non plus. Si tante Sally nous avait regardés en ce moment, elle aurait soupçonné que les voleurs n’étaient pas loin. Elle songea d’autant moins à nous, que son mari jugea à propos de se disculper.

— Je t’assure, Sally, que je n’y ai pas touché, dit-il.

— Oh ! je ne t’accuse pas. Tu es assez distrait pour te laisser prendre la chemise que tu as sur le dos, mais pas assez pour te dévaliser toi-même. D’ailleurs, ce n’est pas tout.

— Comment ! il manque encore quelque chose ?

— Oui ; il manque six chandelles et une cuiller. Les rats ont peut-être avalé les chandelles ; pour sûr, ils n’ont pas avalé la cuiller. Je m’étonne qu’ils n’emportent pas la maison ; ils se nicheraient dans tes cheveux que tu ne t’en apercevrais seulement pas. Voilà six mois que tu promets de boucher leurs trous.

— Ne te fâche pas ; je les boucherai demain.

— Ne te presse pas. Attends jusqu’à l’année prochaine… Eh bien ! Mathilde !

Mathilde reçut un bon coup de dé sur la tête et retira ses doigts du sucrier sans se faire prier. Au même instant, Lise se montra à la porte.

— Je viens de ramasser le linge sur les cordes, dit-elle, et il me manque un drap de lit ; il ne m’en reste que trois.

— Un drap de lit ? répéta tante Sally. C’est trop fort !