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encore plus étonné. Néanmoins, après avoir répété dix fois qu’il ne voyait pas à quoi tout cela servait, il promit de faire ce qu’on lui demandait.

Nous sortîmes à quatre pattes par le tunnel et nous regagnâmes notre lit. Bien que nos mains fussent dans un piteux état, Tom jubilait. Il déclara que rien n’était aussi amusant que de s’échapper d’une forteresse.

— Je ne regrette qu’une chose, me dit-il. Quel dommage de ne pas pouvoir garder le prisonnier dans son cachot pendant les trente-sept ans ! Il s’y habituerait si bien qu’il ne voudrait plus s’en aller et son histoire nous rendrait tous fameux.

Il s’endormit en parlant de son Masque de fer, de Latude et de je ne sais qui encore. Le lendemain, il ne songeait plus qu’à Jim. Son premier soin fut de se rendre au bûcher, où il brisa à coups de hache le chandelier dont il mit les morceaux dans sa poche avec la cuiller. Ensuite nous allâmes du côté des cabanes des nègres, et, tandis que je détournais l’attention de Sambo, Tom fourra un des fragments du chandelier dans un pain destiné au prisonnier.

Nous accompagnâmes Sambo jusqu’au cachot afin d’assister au déballage du panier. Eh bien, les livres ont beau conseiller ce moyen-là, il n’est pas toujours bon, même quand le prisonnier est prévenu, surtout s’il a trop faim. Du moins, il ne réussit pas dans le cas de Jim, qui, oubliant les recommandations de la veille, mordit dans le pain juste au mauvais endroit et faillit se casser plusieurs dents.

C’était sa faute, et Tom le lui fit avouer plus tard en l’engageant à ne plus rien manger désormais sans avoir sondé ses provisions de bouche à coups de canif. Par bonheur, il n’eut pas le temps de se plaindre. Au même instant deux chiens débouchèrent de dessous le lit du prisonnier, bientôt suivis de neuf autres. Nous avions oublié de fermer l’entrée du tunnel ! Les intrus gambadaient autour de Sambo, qui ne comprenait pas d’où ils venaient. Le pauvre nègre cria : « Encore ces sorcières ! » et se roula sur le sol au milieu de ses amis