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Le lendemain, nous fûmes debout au point du jour. Tom voulait lier connaissance avec le nègre chargé de nourrir Jim. Les travailleurs avaient déjà achevé de déjeuner et partaient pour les champs. Celui que nous cherchions était en train d’empiler des provisions dans un panier, et, tandis que les autres s’éloignaient, on lui apporta une clef. Il paraissait encore moins intelligent que ses camarades. Ses cheveux crépus étaient attachés çà et là en petites mèches laineuses avec des bouts de fil. Tom et moi, nous savions fort bien que les noirs emploient ce moyen-là pour se garantir contre les sorcières, auxquelles la plupart d’entre eux ont la niaiserie de croire.

C’est toi qui donnes à manger aux chiens ?

— Ah ! ah ! Sambo ! lui dit Tom, c’est toi qui donnes à manger aux chiens, je crois ?

— Un drôle de chien et qui a bon appétit, massa Sid ! Voulez-vous le voir ?

— Oui, montre-nous-le.

Je lui donnai un coup de coude.

— En plein jour ? Tu n’y songes pas ! lui dis-je à l’oreille, ça ne rentre pas dans ton plan.

— Mon plan est changé, répliqua-t-il. Viens et ne crains rien.

J’avoue que je ne me sentais pas rassuré ; toutefois la curiosité l’emporta. Je me rappelai d’ailleurs que la hutte — ou le cachot, pour parler comme Tom — manquait de fenêtre. Mais les yeux du prisonnier étaient habitués aux ténèbres, et, dès que nous eûmes franchi le seuil, il s’écria :

— Vous voilà, Huck ! Je ne comptais plus vous revoir… et, bonté du ciel ! est-ce bien vous, massa Tom ?

Je savais ce qu’il en serait, je m’y attendais.