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Oui, c’est étonnant. Je ne la donnerais pas pour 100 dollars, et hier je l’aurais volontiers cédée pour la moitié de cette somme.

Au bout d’une demi-heure, la voiture de Tom s’arrêta devant la palissade, à une cinquantaine de yards de la maison. Tante Sally, qui l’entendit arriver, regarda par la fenêtre.

— Une visite ? dit-elle. Qui donc cela peut-il être ? Un étranger… Johnny, va dire à Lise de mettre un couvert de plus.

Les étrangers étaient rares dans ces parages : aussi tout le monde courut-il à la porte d’entrée. Tom avait déjà dépassé la barrière de l’enclos ; il s’avançait à pas comptés, et sa voiture s’éloignait au grand trot. Il semblait assez fier de ses habits neufs et portait le nez au vent. Arrivé à quelques pas de nous, il souleva son chapeau comme si c’eût été le couvercle d’une boîte contenant des papillons dont il ne voulait pas troubler le sommeil.

— Monsieur Archibald Nichols, je présume ? dit-il.

— Non, mon garçon, répliqua M. Phelps. Votre cocher s’est trompé. Nichols demeure à trois milles plus bas. Mais entrez vous reposer.

Tom regarda par-dessus son épaule.

— Trop tard, dit-il : la voiture est hors de vue.

— Raison de plus pour entrer. Vous dînerez avec nous et je me charge de vous conduire chez Nichols.

— Oh ! je serais désolé de vous donner tant de peine. J’achèverai bien la route à pied.

— Nous ne le souffrirons pas ; la vieille hospitalité du Sud s’y oppose.

— Entrez, répéta tante Sally. Vous ne pouvez pas refuser, car votre couvert est déjà mis.

Tom la remercia par un beau salut et se laissa persuader. Une fois dans le parloir, il se campa dans le meilleur fauteuil avant qu’on l’eût invité à s’asseoir ; puis il raconta, sans attendre qu’on l’interrogeât, qu’il s’appelait William Thompson et qu’il venait d’une grande ville dont j’oublie le nom, mais sur laquelle il débita un tas d’histoires. Il allait, il allait, et je commençais à me demander si c’était avec ces his-