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conseillait de ne pas aller trop loin. Aussi me décidai-je à l’accompagner et je vis qu’il avait déjà posé un certain nombre d’affiches. Il n’en fallut pas davantage pour me convaincre qu’il ne serait pas disposé à me céder la place.

— Tu étais bien pressé tout à l’heure de courir après Jim. Pourquoi as-tu changé d’avis ? me demanda-t-il, tandis que nous gagnions la grande route. Encore une fois, tu ferais mieux de rester avec nous.

— Merci, je préfère m’en aller. Je n’ai pas envie d’être pendu.

— Bon voyage ! dit-il. Je t’engage — dans ton propre intérêt, tu entends ? — à garder ta langue dans ta poche au sujet de l’affaire de Nantuck, et surtout au sujet du caméléopard. Tu me le promets ?

— Je le jure, si vous voulez ; je n’ai pas non plus envie d’être étranglé.

— Bien, ta parole me suffit, puisque tu sais qu’une indiscrétion te coûterait cher. Un dernier conseil. Retourne chez toi. J’ai bien deviné que tu fais l’école buissonnière et que tu as aidé Jim à s’évader. Tu joues là un jeu dangereux qui ne te rapportera rien.

— C’est possible ; mais Jim est mon ami et je l’aiderai si je le puis.

— Allons, bonne chance ! Tu es un brave garçon, donne-moi la main et adieu.

— Jamais de la vie ! répliquai-je.

Me voilà donc parti. Je ne regardai pas en arrière ; mais je sentais que le duc me suivait des yeux. Comme je ne songeais nullement à me mettre à la recherche de M. Abraham G. Foster, je m’arrêtai à la première pierre milliaire, puis je retournai sur mes pas à travers bois pour regagner la ferme de Silas Phelps.