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— Puisque tu reconnais tes torts, reprit Susanne, demande-lui pardon.

Eh bien, elle me demanda pardon si gentiment, que je ne sus que répondre, et je me dis : Et voilà une de celles dont tu voulais laisser voler l’argent !

Elles crurent que j’étais fâché d’avoir été accusé de mensonge et elles s’efforcèrent de me mettre à mon aise. Mais je me sentis encore plus honteux, sachant que je ne méritais pas d’être traité en ami par ces pauvres orphelines. Cela ne dura pas longtemps. Ma résolution fut vite prise. J’étais décidé à leur rendre les 6 000 dollars.

Mon souper achevé, je demandai à aller me coucher, sous prétexte que j’étais fatigué. Dès que je fus seul, je me creusai la cervelle. Irais-je trouver le docteur pour le mettre au courant ? Non. Ce moyen ne valait rien. Les deux fourbes se douteraient que je les avais dénoncés, et j’avais peur d’eux. Irais-je avertir Marie-Jeanne ? Non. Elle aurait beau se taire, son visage parlerait, ses oncles partiraient avec l’argent, et leurs soupçons tomberaient encore sur moi. Le plus simple, puisque je voulais seulement les empêcher d’être volées, était de prendre moi-même le sac, de le cacher et d’écrire plus tard à Marie-Jeanne où elle le trouverait.

Le moment me parut bon pour exécuter mon projet. J’avais laissé tout le monde au rez-de-chaussée et personne n’aurait pu remonter sans me donner l’éveil. Je descendis donc de mon grenier et je me dirigeai vers la chambre du roi, qui n’était pas homme à confier l’argent à son associé. J’avais à peine eu le temps de regarder autour de moi lorsque j’entendis un bruit de pas sur l’escalier. Je soufflai ma chandelle et je me glissai sous le rideau de calicot, derrière les robes de Marie-Jeanne.

Le roi et le duc entrèrent.

— Si j’ai compris vos signes, dit le premier, vous avez quelque chose à me proposer ?

— Oui, répliqua l’autre. Je ne suis pas tranquille. Ce docteur m’in-