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XX
les trois sœurs.


Quand tout le monde fut parti, le roi demanda à Marie-Jeanne si on pouvait le loger. Elle lui dit qu’il y avait une chambre d’ami dont l’oncle William se contenterait peut-être et qu’elle céderait sa propre chambre, qui était un peu plus grande, à l’oncle Harvey. Elle coucherait avec une de ses sœurs, de sorte que cela ne la gênerait en rien. Il y avait aussi dans le grenier un petit cabinet qui ferait mon affaire.

Là-dessus elle nous emmena en haut pour nous montrer les chambres qui étaient assez bien meublées et très propres. Elle voulut enlever ses robes et un tas d’autres objets, parce qu’elle craignait que l’oncle Harvey se sentît moins chez lui si elle les laissait là ; mais l’oncle Harvey déclara qu’il se sentirait bien plus à l’aise si on ne dérangeait rien à cause de lui. Les robes étaient accrochées le long du mur, protégées contre la poussière par un rideau de calicot qui retombait jusqu’au plancher. Il y avait une vieille malle dans un coin, une boîte à guitare dans un autre, et une masse de ces bibelots dont les femmes aiment à s’encombrer. La chambre du duc était moins grande, mais assez confortable en somme. Quant à mon cabinet, le roi affirma que j’y serais très bien et ne demanda pas mon avis.

Cette nuit, nous eûmes un grand souper. Je me tins tout le temps derrière le roi et le duc. Les autres invités avaient des nègres pour les servir. Les plats disparurent en un clin d’œil, car chacun semblait avoir réservé son appétit pour le repas du soir. Marie-Jeanne et Susanne occupaient un des bouts de la table, en face de leurs oncles. Lorsqu’on eut fini, j’allai souper dans la cuisine avec Joana, tandis que les nègres lavaient la vaisselle. Le bec-de-lièvre se mit à me ques-