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principaux amis de la famille veulent bien souper ici et nous tenir compagnie durant cette triste veillée. Si le défunt pouvait parler, je sais qui il nommerait, car il y a des noms qui lui étaient chers et il les citait souvent dans ses lettres. Si je ne me les rappelle pas tous, vous me pardonnerez mon défaut de mémoire. Ceux dont les noms revenaient le plus fréquemment sont le révérend Hobson, le diacre Lot Hovey, Ben Rucker, Abner Shakelford, l’avocat Levi Bell, le docteur Robinson, leurs femmes, et la veuve Bartley.

Le révérend Hobson et le docteur venaient d’être appelés par le même malade ; l’avocat était allé à Louisville pour affaires ; mais les autres se trouvaient là ; ils s’approchèrent pour remercier le roi, lui serrer la main et causer avec lui. Ils serrèrent aussi la main du duc sans rien dire ; ils se contentaient de hocher la tête en souriant bêtement, tandis que le faux sourd-muet faisait des signes sur ses doigts et poussait des gou, gou, gou, comme un baby qui ne peut pas parler.

Le roi ne garda pas sa langue dans sa poche et ne se boucha pas les oreilles non plus. Tout en s’arrangeant de façon à se renseigner sur les gens qui l’entouraient, il rappelait une foule de petits incidents arrivés dans la famille Wilks ou dans la ville. Il mettait à profit les renseignements qu’il tenait du jeune imbécile que nous avions piloté jusqu’au steamer, se gardant bien de faire la moindre allusion à cette rencontre. Tout semblait donc marcher sur des roulettes.

Enfin Marie-Jeanne apporta une lettre adressée à Harvey Wilks. Le roi s’empressa de l’ouvrir et après y avoir jeté un coup d’œil, il la lut à haute voix. Pierre laissait la maison d’habitation et 3 000 dollars à ses nièces. La tannerie, les autres immeubles et les esclaves, plus une somme de 3 000 dollars, revenaient à ses deux frères qui le remplaceraient comme tuteurs auprès des orphelines. La lettre indiquait l’endroit où ils trouveraient les 6 000 dollars qui étaient cachés dans une cave.

— Sans être un homme d’affaires, dit le vieux caméléopard, je sais que cette lettre vaut un testament, malgré l’absence de témoins, car