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de derrière, monta sur les tréteaux et passa devant le rideau. Après avoir distribué trois beaux saluts, à droite, à gauche, au milieu, il prononça un petit discours. L’intermède auquel on allait assister était le spectacle le plus merveilleux que l’on eût jamais vu. Le célèbre Edmond Kean s’y montrait sous un jour nouveau. Sans l’aide des journalistes — car il dédaignait les éloges payés — il y avait obtenu des succès qui dépassaient toutes ses espérances, etc., etc. Enfin, comme le public s’impatientait, le duc se glissa derrière la toile, qui ne tarda pas à se lever.

Sa peau était tatouée et rayée.

Alors le roi arriva à quatre pattes en imitant un cheval qui se cabre. En fait de costume, il ne portait qu’un bout de caleçon ; mais sa peau, tatouée et rayée, brillait de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Il n’y a pas à dire, c’était très drôle. On crevait de rire. Quand il fut fatigué de caracoler, de grimacer, d’aboyer, de miauler, il tourna le dos et disparut en sautillant dans la coulisse. On le rappela, il dut recommencer jusqu’à trois fois et on n’en avait pas encore assez.

À la fin, le duc fit baisser le rideau et s’avança en posant la main sur son cœur. Il annonça qu’à son vif regret la tragédie du Caméléopard ne serait jouée que deux fois encore, parce qu’un engagement le rappelait à Londres, où toutes les places étaient retenues d’avance au Théâtre royal de Drury-Lane. Puis il salua et ajouta que, flatté d’avoir réussi à charmer un public aussi intelligent, il espérait que ces messieurs engageraient leurs amis à assister aux deux dernières représentations.

— Comment, c’est déjà fini ? s’écria-t-on.

— Oui, messieurs, répondit le duc. L’affiche ne promet qu’un inter-