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lèvent et se tiennent debout sur leurs selles. Le maître du cirque — un monsieur très raide — tournait autour du poteau qui soutenait le milieu de la tente en faisant claquer sa chambrière et en criant houp ! houp ! Le clown marchait sur ses talons et imitait ses gestes. Bientôt les brides furent lâchées ; les dames se posèrent les poings sur les hanches ; les messieurs se croisèrent les bras et les chevaux partirent à fond de train. Enfin la musique endiablée cessa et le galop s’arrêta brusquement. Hommes et femmes sautèrent l’un après l’autre dans l’arène, firent les plus jolis saluts qu’il soit possible de voir et disparurent au pas de course au milieu des bravos.

Et ce n’était que le commencement. Mais vous m’accuseriez de mentir si je vous racontais tous les merveilleux tours de force que ces gens-là accomplirent quand ils revinrent un à un dans des costumes différents. Le clown, qui essayait de les imiter, finissait presque toujours par tomber à plat ventre, le nez dans la sciure de bois. Cela n’empêchait pas les imbéciles de l’applaudir tout comme s’il avait réussi. Par exemple, il avait la langue bien pendue. Le maître du cirque ne pouvait pas lui dire un mot sans s’attirer une riposte des plus drôles. Je ne sais pas où le clown allait chercher ces réponses-là ; il m’aurait fallu au moins un an pour en trouver la moitié. À un moment, un gros lourdaud, que ses voisins s’efforçaient de retenir, enjamba la balustrade et sauta, ou plutôt roula dans l’arène, en déclarant qu’il voulait monter à cheval. On voyait bien qu’il était ivre, car il trébuchait à chaque pas. Les gens du cirque essayèrent en vain de raisonner avec lui et de le ramener à sa place. Il n’écoutait personne, de sorte que la représentation fut interrompue. Les spectateurs commençaient à se fâcher, quand le maître du cirque intervint.

— Messieurs, pas de tapage, je vous en prie, dit-il. Puisque cet homme veut absolument nous amuser, laissons-le faire. Je crois qu’il en aura bientôt assez, quoique le cheval qu’on vient d’amener ne soit pas trop méchant.

Tout le monde battit des mains. On aida donc le gros paysan à