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vendait de la limonade, du pain d’épice, des melons d’eau et d’autres provisions.

Les missionnaires se tenaient sous des hangars du même genre, mais plus grands. Deux ou trois rangées de bancs (des troncs d’arbres à peu près équarris où l’on avait percé des trous pour enfoncer les bâtons qui servaient de pieds) se trouvaient au fond du hangar, en face de la plate-forme réservée aux prédicateurs.

Les femmes, assez pauvrement mises du reste, étaient coiffées de robinsons qui les garantissaient contre les coups de soleil. Les vieilles tricotaient, les jeunes ne se gênaient guère pour rire. Bon nombre de jeunes gens étaient nu-pieds et quelques-uns des enfants ne portaient qu’une chemise de grosse toile.

Sous le premier berceau que nous rencontrâmes, celui qui occupait la plate-forme lisait un cantique. Il entonnait deux vers, puis les auditeurs les chantaient en chœur.

Ensuite le missionnaire commença à prêcher. Il se promenait le long de l’estrade, s’arrêtant parfois pour se pencher en avant ; tantôt il levait au-dessus de sa tête la Bible qu’il avait à la main, tantôt il la tenait à bras tendu, comme pour nous l’offrir, en criant de toute la force de ses poumons :

— Contemplez ce livre et vivez ! Abreuvez-vous à la source de la vérité. Frappez, et la porte vous sera ouverte. Venez, pécheurs endurcis ! Venez, âmes contristées et brisées ! Venez vous asseoir sur le banc du repentir...

Et ainsi de suite. On n’entendait presque plus ce qu’il disait, à cause des sanglots, des amens et des alleluias qui partaient de tous les côtés. Des gens se levaient, les yeux pleins de larmes et gagnaient, à travers la foule, les bancs placés près de l’estrade.

Eh bien, le roi s’était d’abord tenu si tranquille que je ne faisais pas attention à lui. Jugez de ma surprise lorsque je le vis arriver, tout essoufflé, au pied de l’estrade, où le prédicateur le fit bientôt monter. Il y eut entre eux une sorte de discussion qui ne dura pas longtemps.