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Il y avait une petite ville à 3 milles environ de l’endroit où nous nous étions arrêtés. Après dîner, le duc annonça qu’il avait trouvé le moyen de voyager en plein jour sans danger pour Jim et qu’il désirait se rendre à la ville afin de réaliser son projet. Le roi offrit de l’accompagner. Naturellement, ils comptaient sur moi pour manier les rames, et le canot fut vite lancé.

Dans la ville, personne ne bougeait. Les rues restaient presque désertes, comme un dimanche. Nous rencontrâmes enfin, se chauffant au soleil dans une cour, un nègre malade. Tout le monde, sauf les infirmes, était parti pour une prédication en plein air qui se tenait dans un bois, à 2 milles environ de la ville. Le roi se renseigna sur le chemin à suivre ; il déclara qu’il avait rarement assisté sans profit à un camp-meeting et qu’il assisterait à celui-là.

Quant au duc, il cherchait une imprimerie. Nous ne tardâmes pas à découvrir un atelier établi au-dessus d’une boutique de menuisier. Typographes et menuisiers avaient disparu, laissant les clefs aux portes. L’atelier était en même temps un bureau de journal, et je ne me rappelle pas avoir vu un endroit aussi sale. On y marchait sur une litière de paperasses et de poussière — des murs barbouillés de taches d’encre ou couverts d’affiches maculées dont quelques-unes donnaient le portrait d’un cheval volé ou d’un nègre fugitif. Bridgewater, après avoir fureté partout, ôta son habit.

— Là, dit-il, je me sens chez moi ; j’ai ce qu’il me faut pour composer une petite affiche dans l’intérêt de Jim et de l’équipe du radeau. Je n’ai pas besoin de vous.

Moi et le roi nous nous mîmes donc en route pour le camp-meeting. Nous y arrivâmes au bout d’une demi-heure, tout en nage, car il faisait joliment chaud. Le bois était rempli de chevaux et de charrettes. La prédication en plein vent avait attiré au moins un millier de personnes. Les chevaux frappaient du pied pour chasser les mouches et mangeaient dans les augets fixés derrière les voitures. Çà et là, sous des hangars construits à l’aide de perches et de branches d’arbres, on