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XIII
une ferme dans l’arkansas.


Au bout d’une minute, qui me parut longue, on cria par la fenêtre, et les chiens cessèrent d’aboyer.

— Qui est là ? demanda une voix.

— C’est moi, Huck Finn, répondis-je.

— Connaissez-vous les Shepherdson ?

— Non, monsieur.

— Pourquoi rôdez-vous par ici à cette heure ?

— Je ne rôde pas ; ce sont vos chiens qui m’ont arrêté. Je ne suis qu’un gamin. Un steamer a coulé mon radeau et je viens de gagner la côte à la nage.

— Si vous dites la vérité, vous n’avez rien à craindre… Réveillez Thomas et Robert, vous autres.

J’entendis qu’on remuait dans la maison, puis je vis briller à une croisée ouverte une lumière qui ne tarda pas à disparaître.

— À quoi songez-vous, Brigitte ? reprit la voix qui m’avait interpellé. Posez la lampe par terre. Si nous avions affaire à un Shepherdson, vous lui auriez donné beau jeu… Vous êtes seul, Huck Finn ?

— Oui, monsieur.

— Allons, il ne sera pas dit que la crainte d’un guet-apens m’ait fait refuser l’hospitalité à un enfant. Si quelqu’un vous accompagne, il aura tort de se montrer, car nous voilà prêts à recevoir une douzaine de Shepherdson. On va vous ouvrir, vous pousserez vous-même la porte juste assez pour passer et sans trop vous presser.

Je ne me pressai pas trop. Je n’aurais pas pu, quand même j’en aurais eu envie. C’était à peine si j’osais poser un pied devant l’autre.