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geois. Rossi admet, en effet, que la rente de la terre est la base d’un excellent impôt et qu’elle pourrait, sans inconvénient, sans injustice, être absorbée par l’État. Entre cette suggestion et le mot retentissant de Proudhon, il n’y a guère qu’une différence de forme.

Dans cet « essai sur la répartition des richesses et sur la tendance à une moindre inégalité des conditions », il est impossible de ne pas rechercher la part exacte de vérité et la portée réelle de la loi de Ricardo. Nous ne pouvons pas ne pas nous demander, si le propriétaire foncier est bien cet être privilégié qu’on nous dépeint, s’enrichissant toujours sans travail. Et d’abord dans quelles circonstances s’est produite la doctrine de Ricardo, quelles sont les conditions qui ont accompagné sa venue au monde ?

Ricardo, qui est l’homme portant le plus grand nom de la science économique après Adam Smith, appartenait à une famille israëlite venue de Lisbonne à Londres. Né en 1772, mort en 1823, il était de sa profession agent de change ou courtier de bourse ; il fut membre du parlement ; il fit dans les spéculations sur les fonds publics une fortune énorme qu’on a évaluée à une quarantaine de millions de francs. Ces faits ne sont pas sans quelque importance au point de vue de la théorie qu’il mit au jour. Ricardo vivait donc pendant la guerre de vingt-cinq ans entre l’Angleterre et la France, au temps du papier-monnaie, de la prohibition de l’importation des grains, et de la hausse des fermages. En 1809, il publia d’abord un ouvrage sur la circulation et les banques, puis, en 1817, il fit paraître ses « Principes de l’économie politique et de l’impôt » qui firent sensation. Disant un mot, qu’on trouva plus tard dans la bouche d’un célèbre philosophe allemand, Hégel, il prétendait qu’il n’y avait pas en Angleterre vingt-cinq personnes qui eussent compris son livre. En quoi consistait cette doctrine si abstruse et si frappante qu’elle faisait la plus vive impression sur le public qui, cependant, d’après l’auteur, n’était pas en état de la comprendre ? Nous allons essayer de la résumer.

À l’origine des sociétés civilisées, quand la population est