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bable qu’il déprécierait son crédit on se soucierait peu de prêter des milliards à un État qui les emploierait dans une semblable aventure. Les risques de l’opération paraîtraient tels, qu’au lieu de trois et demi, le prêteur exigerait sans doute un intérêt de 4 à 5 pour 100.

Sur un point, les idées de M. de Laveleye soutiennent davantage l’examen. Il se plaint que les gouvernements des pays neufs, les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, aliènent d’une manière définitive les terres vacantes pour les sommes dérisoires que nous avons indiquées plus haut (pages 54 et suivantes). Ne pourrait-on, dit-il, au lieu de vendre à perpétuité ces terres moyennant quelques shillings ou quelques dollars l’hectare, les donner pour le même prix en concession pendant soixante-quinze ans, ou cent ans, ou cent cinquante ans, comme le font les lords anglais ? De cette façon, au bout de trois ou quatre générations, la Société rentrerait eu possession des terres dont la valeur se serait accrue, elle pourrait supprimer tous les impôts ? Sans doute cet arrangement serait possible, peut-être profitable. Le colon actuel se contenterait vraisemblablement de la perspective d’une jouissance d’un siècle ou d’un siècle et demi. C’est seulement lorsque l’on approcherait du terme de la concession que les difficultés commenceraient, et que le goût des améliorations agricoles pourrait être paralysé. On pourrait alors, il est vrai, par mesure générale, renouveler les conditions de bail pour la même durée d’un siècle ou d’un siècle et demi moyennant une redevance soit une fois payée, soit annuelle. Les colonies et les nations-nouvelles pourraient essayer de ce système il ne faudrait pas, cependant, s’en exagérer les avantages. Le moment du renouvellement dès-concessions ouvrirait toujours pour le pays une terrible crise économique, politique et sociale l’on peut se demander si cette crise ne compenserait pas le revenu que l’État retirerait de ce fermage.

Il est temps de clore ces observations préliminaires sur la propriété foncière. Nous croyons avoir justifié la propriété individuelle, absolue, perpétuelle. Quant au vieux dicton qui fait la liberté dépendante de la propriété du sol, il a été facile de