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ligne directe ou indirecte ou entre étrangers serait de 260 millions de francs, 130 de plus qu’à l’heure actuelle ? Combien de temps faudrait-il à ce compte pour nationaliser en France le sol dont on estime la valeur à une centaine de milliards ? L’opération demanderait près de 1,000 ans. Mais, dira-t-on, les terres achetées au moyen de cet impôt et affermées à des associations coopératives ou à des particuliers produiraient à l’État un revenu qui viendrait accroître le fonds d’achat de terres pour la nationalisation du sol. Soit, mais quel serait ce revenu, et peut-on espérer beaucoup de toutes ces sociétés coopératives, tenancières de l’État ? Mettons que la durée de l’opération fût abrégée de moitié ce ne serait toujours qu’en quatre ou cinq siècles que le sol serait nationalisé ? Et nous avons supposé par impossible, pour arriver à ce résultat, des impôts exorbitants[1], nous avons accueilli l’hypothèse inadmissible qu’ils seraient exactement payés, et qu’on ne parviendrait pas à s’y soustraire par des dissimulations, et que le progrès de la richesse publique, l’esprit d’épargne, n’éprouveraient aucune atteinte de cette confiscation du cinquième ou du quart des héritages entre collatéraux ou entre étrangers.

Pour accomplir cette nationalisation du sol dans un temps qui n’exigeât pas la durée de vingt ou trente générations, on pourrait indiquer un autre procédé, l’emprunt. L’État emprunterait des milliards qu’il emploierait à racheter des terres pour les affermer ensuite à des associations d’ouvriers. Un économiste anglais, le docteur Fawcet, a fait une grave objection à ce plan : l’État, dit-il, emprunterait à 3 1/2 p. 100, pour racheter un bien rapportant 2 1/2. Bien plus, comme l’État voudrait racheter à la fois de grandes quantités de biens, soit qu’il recourût à des transactions amiables, soit qu’il se servît du procédé de l’expropriation, il ferait hausser la valeur des terres au delà du taux normal. D’un autre côté, il est fort pro-

  1. Nous avons démontré, dans notre Traité de la Science des finances (2e édition, t. I, pages 500 et suivantes), qu’au lieu d’élever les droits de succession entre collatéraux et entre étrangers, l’État les devrait considérablement réduire.