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toutes ces productions secondaires qui rehaussent tant la valeur de l’agriculture du continent ; et la cause de ces lacunes, c’est précisément que la terre est administrée et exploitée comme l’approuve M. de Laveleye. Dans la détresse agricole actuelle, la plupart des Anglais ne voient qu’un remède, c’est la suppression de ces énormes Estates, et la création de la moyenne et de la petite propriété. Encore doit-on dire qu’il y a une grande différence entre les plus riches de ces lords anglais, ayant 3 ou 4 millions de francs de revenu rural, s’intéressant d’ailleurs aux progrès agricoles, par tradition, par vanité, par intérêt de popularité, et un État qui à lui seul jouirait d’un revenu foncier de 3 ou 4 milliards de francs et voudrait administrer 30 ou 50 millions de kilomètres carrés par des règles uniformes.

Le propriétaire n’est pas l’être oisif, indolent, neutre que l’on prétend, fruges consumere natus. Il a son rôle essentiel à côté de l’exploitant ou du fermier, et quand il ne le remplit pas, la terre souffre ou dépérit. Quel est ce rôle ? C’est de représenter les intérêts futurs ou perpétuels du domaine, tandis que le fermier n’en représente que les intérêts actuels et passagers. C’est à ce titre que le propriétaire s’oppose à toute exploitation abusive qui détruirait ou amoindrirait les forces productrices du sol ; c’est à ce titre aussi qu’il est ou qu’il doit être le promoteur, l’agent ou l’auxiliaire de toutes les améliorations de longue durée. S’agit-il de drainages ou d’irrigations, de défrichements ou de changements de cultures, de construction de bâtiments qui permettent une production soit moins coûteuse, soit plus abondante, le propriétaire doit intervenir ; en général, il se prête volontiers à cette tâche. Par son origine aussi le propriétaire a d’autres mérites que n’a pas d’ordinaire le fermier ; son esprit est plus éclairé ; avec une moindre compétence pour la technique agricole, il conçoit d’ordinaire mieux les grands intérêts de la culture ; il est ou doit être pour son fermier un conseil ou un guide. Ses capitaux encore sont plus abondants, il les puise souvent à d’autres sources que le revenu de la terre et, assuré de la perpétuité de la possession, confiant