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laires, sur la puissance réciproque des patrons et des ouvriers, ne méritent aucune créance, et sont démentis par tous les faits de la civilisation contemporaine.

La « célèbre loi d’airain », qui a servi de thème habituel aux discours du socialiste allemand Lassalle, n’a jamais eu d’existence que dans l’imagination de Lassalle et dans celle de Ricardo ou de Stuart Mill.

Bref, presque tout ce que l’école économique classique a écrit sur la répartition des richesses, quand on le soumet à un contrôle attentif, s’évanouit.

La critique de ces doctrines erronées forme la première partie de ce livre.

Les préjugés répandus parmi les gens du monde ou les publicistes contemporains sur la répartition actuelle des revenus dans les sociétés civilisées ne sont pas moins nombreux et moins faciles à dissiper.

L’écart entre les fortunes et surtout entre les revenus est moindre qu’on ne le pense, et cet écart va en s’amoindrissant.

Le paupérisme diminue, au lieu d’augmenter.

Nous sortons de ce que j’ai appelé « la période chaotique de la grande industrie », période de transformation, d’agitation, de souffrances, de tâtonnements. Sismondi, Villermé, Blanqui l’aîné ont été à bon droit effrayés de tous les maux que comportait cet âge de transition. Ces maux sont de nature temporaire s’ils n’ont pas encore tous disparu, ils sont en train de disparaître.

La société moderne reprend sa marche vers un état qui sera caractérisé par une beaucoup moins grande inégalité des conditions.