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chant à la fainéantise, en situation de bien vivre plusieurs semaines, plusieurs mois, sans travailler.

Il est inutile de discuter plus longtemps toutes ces hypothèses et beaucoup d’autres. Quelques personnes, par exemple, ne voient le salut que dans le rétablissement de la corporation. Si par ce mot elles entendent uniquement une plus ample liberté d’association et de réunion, la suppression de diverses entraves soit administratives, soit fiscales, qui empêchent les intérêts similaires de se grouper, de se fortifier et de se soutenir par leur union elles ont raison. Mais si, comme c’est le désir manifeste ou secret de la plupart d’entre elles, on entend par ce mot de corporation une institution, ayant les caractères principaux des corporations d’autrefois, c’est-à-dire ayant le pouvoir d’édicter des règlements obligatoires, de repousser certaines personnes, sous des prétextes quelconques, de l’exercice d’un métier, d’imposer à tous ceux qui exercent une profession certains procédés, certaine manière de conduite, nous ne craignons pas de dire qu’au bout de peu de temps on se trouverait en présence d’intolérables tyrannies, qui arrêteraient ou du moins ralentiraient le progrès, qui entraveraient le principal agent de la civilisation moderne, l’initiative individuelle dans toute sa liberté et toute sa spontanéité.

La liberté et le temps suffisent pour résoudre toutes les difficultés sociales, qui sont humainement résolubles. Le grand danger d’aujourd’hui, c’est le socialisme d’État, c’est-à-dire non pas le socialisme imposé par les ardeurs d’une foule en émeute, mais le socialisme sournoisement introduit et graduellement développé par des législateurs présomptueux et ignorants. L’extension de toute administration d’État nous est suspecte on trouve toujours dans les administrations de l’État plus de sinécures, plus de privilèges, plus de paresse, plus d’arrogance et de servilité à la fois que dans les administrations particulières.

Le rôle de l’État relativement à la répartition des richesses est très simple : il ne consiste pas à prendre aux uns pour donner aux autres, à faire de l’impôt un instrument de redressement des inégalités sociales. Quand il poursuit cet idéal de quelques-uns, l’État devient dans la vie économique un élément perturbateur ;