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versement annuel égal à 5 p. 100 de son salaire, et en outre des intérêt composés de chacun des versements qu’il aurait faits ou qu’on aurait faits pour lui jusqu’au jour où sa pension serait liquidée. Chaque travailleur manuel deviendrait ainsi un fonctionnaire. Dans l’hypothèse de la retenue la plus faible que nous venons d’indiquer, la pension de retraite échéant à chaque ouvrier serait singulièrement minime. Au taux de 3 1/2 p. 100, qui est le taux de capitalisation qu’on peut admettre comme le plus élevé possible d’ici à la fin du siècle, l’ouvrier arrivant à cinquante-cinq ans, après trente-cinq ans de retenues consécutives, ne pourrait guère avoir droit qu’à un capital de 4,000 francs au plus, ou à une rente viagère de 250 ou 300 francs. Nous faisons ces calculs approximativement, ne nous piquant pas d’être actuaire[1].

Pour arriver à un résultat sérieux, il faudrait doubler les retenues imposées à l’ouvrier et au patron et ses sacrifices demandés à l’État, de façon que l’ensemble de la somme capitalisée annuellement au profit de l’ouvrier équivalût à 10 p. 100 de son salaire. La subvention de l’État monterait alors à 500 ou 600 millions par an environ, c’est-à-dire que les impôts devraient être accrus d’autant, par conséquent le prix des vivres ou du moins le prix de la vie notablement augmenté. Or, nous allons voir que l’un des plus puissants moyens qu’ait l’État de contribuer à l’avènement d’une moindre inégalité des conditions, c’est précisément de supprimer beaucoup d’impôts mal établis qu’il serait, d’ailleurs, très difficile de remplacer par de meilleurs. D’autre part, il est incontestable que la retenue imposée au patron serait en fait supportée par l’ouvrier, le premier s’efforçant de réduire les salaires d’autant. L’ouvrier verrait donc sa rémunération baisser en même temps que le surcroît d’impôts éleverait le prix de la vie. Tous les ouvriers supporteraient-ils facilement un semblable régime, et regarderaient-ils comme

  1. D’après les Formules et tables d’intérêts de MM. Vintéjoux et de Reinach (page 126) une somme de 50 francs (5 p. 100 d’un salaire moyen de 1,000 francs annuellement) placée chaque année à intérêts composés pendant trente-cinq ans, à une capitalisation de 3 1/2 p. 100, produirait au bout de la trente cinquième année, 3,450 francs ; si le taux de l’intérêt n’était que de 3 p. 100, ce qui est plus conforme aux circonstances économiques de l’avenir, le produit serait seulement de 3,113 francs.