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leur accroissement dépasse l’accroissement de la demande, perdront considérablement, ont déjà perdu de leur valeur d’échange.

Cette dépréciation des services intellectuels n’a que de médiocres inconvénients quand elle est contenue dans certaines limites ; c’est une des formes de ce phénomène si remarquable de l’approximation à une moins grande inégalité des conditions. Il se pourrait cependant que, par un excès de zèle et de bonnes intentions, l’État, les municipalités, les institutions philanthropiques et charitables dépassassent de beaucoup la mesure. Si l’on rendait subitement gratuite l’instruction intégrale si, au moyen de concours où la faveur a toujours beaucoup de place et où l’indulgence est exagérée, on faisait donner l’instruction secondaire et l’instruction supérieure à une foule d’individus sans fortune et d’une capacité médiocre ; si l’on créait, comme on l’a demandé, des écoles professionnelles dans tous les quartiers des grandes villes, dans tous les chefs-lieux de canton, ou même dans toutes les communes ; si l’on agissait ainsi à la légère, préparant chaque année des dizaines de mille hommes et de femmes aux professions libérales, aux emplois de bureau, aux carrières artistiques, aux métiers manuels les plus relevés, on n’arriverait sans doute qu’à fausser tous les rapports économiques, à rendre l’offre de certains services surabondante relativement à la demande, à déprimer outre mesure les salaires des états les plus intellectuels, à jeter au sein de la société des légions d’individus qui n’auraient aucun moyen de vivre. C’est là la voie dans laquelle on veut, par un zèle malentendu, pousser le gouvernement et où il entrera peut-être.

Rien n’est plus délicat, rien ne demande plus de mesure que l’enseignement professionnel. Si l’État veut se mettre à fabriquer outre des bacheliers, des comptables, des teneurs de livres, des peintres, des sculpteurs, des praticiens, des dessinateurs, des horlogers, des bijoutiers, des mécaniciens, des ébénistes, des serruriers, des menuisiers, des charpentiers, des tailleurs, etc. si, au lieu de donner aux enfants certaines connaissances générales, des indications qui peuvent être utiles dans beaucoup de situations différentes, il veut leur enseigner un métier spécial, alors