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mais des hommes instruits et de quelques savants. Il est faux que l’industrie engendre le paupérisme la diminution depuis trente ans du nombre de personnes assistées en Angleterre est la preuve irrécusable de notre assertion. Sans doute il est absurde d’espérer que l’on supprimera la misère autant vaudrait prétendre supprimer le vice ou la phthisie. Mais d’année en année la vraie misère fera dans l’ensemble de la population une moindre proportion de victimes. Quand les combinaisons ingénieuses que l’humanité n’a commencé à appliquer que depuis cinquante ans seront avec le temps universellement connues, quand les secours mutuels, les assurances contre les accidents, sur la vie, seront devenues d’une pratique vulgaire, le nombre des pauvres sera singulièrement réduit. L’assurance est un procédé qui est encore dans l’enfance. On peut dire qu’en théorie l’assurance n’a pas conquis la moitié peut-être du domaine qui lui appartient et que dans la pratique les neuf dixièmes de ce domaine sont en friche. L’indigence deviendra alors un fait beaucoup plus rare au lieu d’un pauvre sur vingt ou trente habitants comme aujourd’hui en France et en Angleterre, il ne se rencontrera peut-être dans les contrées civilisées qu’un pauvre sur cinquante, sur soixante, sur quatre-vingts, même sur cent individus. L’indigence est produite soit par des accidents, soit par des vices. On peut parer, par d’heureuses combinaisons sociales, à presque tous les accidents. Il n’en est pas de même des vices mais, sans être un partisan déterminé de la doctrine de l’évolution, on ne peut nier qu’à travers les âges les vices, sans perdre peut-être en intensité, se modifient il n’y aurait rien d’étonnant à ce que le vice le plus productif d’indigence — l’ivrognerie — devînt dans un quart ou un demi-siècle plus exceptionnel dans la population ouvrière. Quand celle-ci aura à sa disposition des logements plus convenables, plus spacieux, plus propres, quand son éducation se sera davantage développée, qu’on aura résolu le problème des récréations et des distractions pour le peuple, quand d’ailleurs le régime général alimentaire des ouvriers se sera amélioré[1], il

  1. On sait que dans les pays où le vin est la boisson usuelle, l’ivrognerie est très rare. Si le phylloxéra n’avait pas ravagé nos vignobles, la France aurait