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l’empêchera de descendre au taux de 1 p. 100 où il arrivera vraisemblablement quand le monde entier sera civilisé, et que les premières œuvres, les plus productives, de la mise en valeur des pays en dehors de l’Europe auront été achevées.

Avec la baisse du taux de l’intérêt que deviennent les fortunes mobilières ? Que devient la possibilité de former des fortunes nouvelles ? Au fur et à mesure des remboursements des capitaux engagés, au fur et à mesure des conversions, les fortunes mobilières, tout en conservant la même importance nominale et parfois même en l’augmentant, voient diminuer peu à peu leur revenu. Chaque jour insensiblement les rentiers perdent quelque chose de leur rente et de la puissance d’achat qu’elles avaient. Nous n’en voulons d’autre preuve que les deux exemples cités par nous, celui du capitaliste anglais, détenteur de 60,000 livres de rentes sur l’Échiquier britannique, du temps de Robert Walpole au commencement du dix-huitième siècle, qui a vu par des conversions successives son revenu tomber à 30,000 livres à partir du milieu de ce siècle, en attendant qu’il le voie s’abaisser prochainement à 23,000, puis à 20,000 par la conversion projetée du 3 p. 100 consolidé en 2 1/2 p. 100 et un jour en 2 p. 100 ; l’exemple aussi du /rentier possédant il y a quinze ans 60,000 francs de rentes sur le trésor des États-Unis, qui a déjà vu, par toute une série de conversions, son revenu se réduire à 35,000 francs en attendant qu’il s’abaisse à 30,000, puis à 25,000, puis à 20,000. Alors même que l’État, soit par ineptie, soit par faiblesse de caractère, soit par de machiavéliques considérations politiques, manquant à tous ses devoirs, ajourne indéfiniment les conversions comme c’est la coutume en France, la classe des capitalistes, prise dans sa masse, subit néanmoins avec le temps la diminution graduelle de revenu que comporte la baisse du taux de l’intérêt. Les sociétés anonymes en effet, les compagnies commerciales, les départements, les villes, les particuliers, tous les emprunteurs, moins benêts ou moins engourdis que l’État, se hâtent de rembourser leurs emprunts contractés à l’ancien taux et de leur substituer des emprunts nouveaux contractés à un taux plus réduit. C’est ce qu’ont fait dans les ré-