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d’abord gagneront en capital, c’est-à-dire en valeur vénale ; mais l’augmentation des revenus de ce genre d’immeubles sera beaucoup plus lente que depuis trente ou quarante ans, si même cette augmentation se manifeste. Il y a, en effet, deux causes diverses qui commencent à peine à faire sentir leur action l’une, c’est la baisse du taux de l’intérêt qui permet, avec un même capital, de construire des maisons nouvelles pour lesquelles on se contentera d’un moindre revenu que celui qu’on eût exigé autrefois pour la même somme ; l’autre, c’est le progrès des moyens de communication dans l’intérieur et dans la banlieue des villes, qui permet aux habitations de se disperser sur une plus grande étendue. Que d’améliorations sur ce point attendent encore la plupart des villes du continent et notamment notre grande capitale parisienne ! Si l’état et les municipalités, plus éclairés que dans le passé, supprimaient ou réduisaient à peu de chose l’impôt sur tes transmissions d’immeubles et les droits sur les transports, sur les fourrages, sur les matériaux, le résultat serait promptement sensible. L’action des sociétés philanthropiques s’y joignant, on aurait résolu, ce qui serait un si grand bien, le problème du loyer décent, hygiénique et peu coûteux pour les ouvriers et pour la petite bourgeoisie.

À la réduction chaque jour plus sensible du privilège de situation territoriale, il faut ajouter cette autre cause si puissante, ce facteur si énergique du nivellement des conditions, la baisse du taux de l’intérêt. Nous nous sommes assez étendu sur cet important sujet pour qu’il soit superflu d’y revenir. Depuis dix ans nous annonçons chaque jour un pas nouveau dans la réduction de l’intérêt : sans cesse contredit par les hommes qui se croient bien informés, nous voyons néanmoins nos prévisions vérifiées par les faits. L’intérêt, qui, il y a vingt-cinq ans, était encore à 4 1/2 ou 5 p. 100 sur le continent européen, est tombé à 3 1/2 en France, à 3 p. 100 en Angleterre (les consolidés viennent de dépasser le pair) on le verra à 2 1/2 et même à 2 p. 100, peut-être un jour à moins ; mais pendant un demi-siècle ou un siècle encore, la mise en exploitation des contrées neuves, l’Amérique, l’Afrique, l’Océanie, une partie de l’Asie, le soutiendra et