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trop petite[1]. La statistique des inhumations vient donc confirmer et au delà les indications antérieures : les millionnaires, nous sommes doublement en droit de l’affirmer, ne représentent même pas la centième partie des chefs de famille parisiens. »

Ainsi un statisticien des plus compétents critique comme entaché d’exagération le tableau que nous avons dressé à la page 534 de la distribution des revenus à Paris d’après les loyers. Ces critiques ne nous étonnent pas puisque nous-même avons déclaré que nous nous tenions plutôt au-dessus de la vérité qu’au-dessous, augmentant plutôt que diminuant le nombre des gros revenus. En ce qui concerne les conclusions que M. de Foville tire de l’examen des statistiques des pompes funèbres, il est toutefois une observation importante, c’est que la partie riche de la population de Paris n’habite pas toute l’année la capitale, de sorte que beaucoup de personnages opulents, qui ont à Paris leur domicile, meurent à la campagne et dans les villes d’eaux. Il n’est guère de millionnaires qui ne s’absentent de Paris au moins pendant un ou deux mois, souvent pendant trois, quelquefois pendant quatre, cinq ou six. Cette réflexion peut expliquer, en partie du moins, le défaut de concordance que M. de Foville constatait entre les évaluations des revenus d’après les valeurs locatives d’habitations et les évaluations des revenus d’après les classes des pompes funèbres.

Il nous a été possible de nous faire une idée approximative de la distribution des revenus à Paris, pourrait-on avoir aussi quelques indices sur le même phénomène dans toute la France ? C’est difficile cependant on y peut arriver, par voie d’induction, pour les gros revenus. Il n’est pas téméraire d’affirmer que le nombre des très gros revenus français (ceux qui dépassent 266,000 fr.) n’est pas double du nombre des très gros revenus parisiens. C’est à Paris, en effet, que sont concentrées toutes les grandes fortunes de banque ; c’est à Paris aussi que la plu-

  1. Nous rappelons que des extraits de notre analyse de la répartition des revenus avaient paru dans le journal l’Économiste français ; c’est ainsi qu’ils ont pu être, avant la publication de ce livre, l’objet de commentaires.